Le second camp était situé à 3600 mètres non loin des caves Kikelewa. Le soir après le repas, Diego parla longuement avec les guides et ses clients. Il voulait prendre la température et surtout parler de la journée du lendemain. Ils avaient atteint une altitude où l’oxygène devient plus rare, où le corps peut ressentir les premiers effets. Le lendemain, le groupe allait franchir les 4000 mètres et, au cours de la journée, il y avait de forts risques que certains ressentent les désagréments liés à l’altitude. Diego constata que tout le monde se portait bien et se réjouit de poursuivre l’ascension. Lui-même n’avait encore ressenti aucune douleur similaire à celles connues dans le Ladakh et se mettait à espérer pouvoir rejoindre le sommet.
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…à New Dehli…
Il resta finalement trois jours à New Delhi. Diego en profita pour visiter la ville et s’accommoder au pays. Les images de la première nuit se dissipèrent. Elles avaient, il est vrai, été accentuées par l’obscurité. L’Inde est dure, les scènes de la vie quotidienne inhabituelles, la pauvreté partout, extrême. Il avait lu des livres, imaginé des choses grâce à ses précédents voyages mais là, c’était différent. La misère a sa place partout, sans pudeur, sans retenue ; elle fait partie de la vie à part entière. Le quatrième jour, il décida de continuer son périple, il voulait se rendre dans le nord et New Delhi n’avait pas beaucoup à offrir sinon des images difficiles. Diego avait visité les endroits importants de la ville : le Red-Fort, le Vieux Delhi. Au détour d’une rue, il était tombé sur le marché aux épices. Une véritable fourmilière humaine où toutes les épices possibles et imaginables se vendent, se bradent, se négocient, s’arrachent parfois.
Il arriva à Paris…
Il arriva à Paris exactement deux jours plus tard. Deux jours et deux nuits d’attentes interminables, de routiers véreux, de conducteurs psychopathes. Quelque part avant Lyon, une expérience similaire à celle vécue dans l’appartement à Nice l’attendait dans une voiture. Cette fois, il n’explosa pas, il empoigna fermement le conducteur, lui ordonnant d’arrêter la voiture immédiatement. Ils étaient sur l’autoroute, il faisait nuit. Diego avait lu un jour que l’espérance de vie d’un piéton sur l’autoroute est quasiment nulle, surtout la nuit. Il marcha une heure environ, de l’autre côté de la barrière de sécurité, se retournant régulièrement, s’attendant à chaque instant à voir une voiture folle foncer sur lui. Enfin, il vit une aire de repos. Une petite avec juste des toilettes et quelques places de parking. Celles où tous les psychopathes de la planète se donnent rendez-vous pour des jeux sombres dont ils sont les seuls à comprendre les règles.
Eugenia avait dans ses bras Diego…
Eugenia avait dans ses bras Diego, quatre ans, semblable aux nombreuses photos échangées. Même si ces images avaient eu une valeur inestimable, elles n’avaient jamais pu révéler les émotions qui jaillissaient du visage de leur fils. Il avait l’air apeuré et en même temps serein de voir ces quatre visages le regarder. Il savait qui ils étaient mais cela n’effaçait pas les craintes d’une vie nouvelle. Eugenia lui dit quelques mots à l’oreille avant de le remettre sur ses pieds. Il n’y resta pas longtemps, il fit un pas en avant, son papa le souleva délicatement, le prit dans ses bras et se tourna vers la famille.
Six mois après…
Six mois après son retour de Paris, Diego démarrait un vrai travail. Il n’était plus un stagiaire. Il avait un vrai contrat avec des règles à respecter et des obligations. Le salaire n’était pas énorme mais c’était un pas important dans sa progression. Les pieds s’ancraient au sol. Le patient Diego allait mieux. Bientôt, il serait possible de retirer « l’assistance médicale » analysant quotidiennement son état physique et mental. Étape importante aussi pour ses parents qui le voyaient s’accrocher, prendre du plaisir dans son nouveau métier, reprendre goût à une vie normale. Les tensions s’estompaient peu à peu, l’espoir grandissait à nouveau. Diego était détendu, souriant. Il avait obtenu un très bon rapport de son stage et cela avait pour lui une valeur inestimable.
Le premier jour…
Le premier jour, il s’installa derrière la promenade des Anglais, sur une place où il avait repéré des artistes qui effectuaient leurs performances. Diego avait agrafé une quarantaine de poèmes, d’histoires courtes sur un carton qu’il avait recouvert d’un morceau de papier. Nouvelle étape dans sa vie d’errance. Il s’assit et commença à regarder les gens passer, à observer leurs réactions quand ils se baissaient pour lire ses textes. Allaient-ils acheter ? Poser des questions ? Diego avait fixé le prix à cinq francs le poème et quinze si quelqu’un souhaitait une histoire personnalisée. Pour ce premier jour, il devait absolument vendre car il avait placé ses dernières pièces dans l’achat des cartes, il ne lui restait rien. Les heures s’enchaînèrent. Par moments, cinq ou six passants étaient là en même temps, attendant leur tour pour pouvoir s’approcher davantage.
Des périodes plus…
Des périodes plus difficiles allaient arriver, mais dans quelle famille n’y avait-il aucun problème ? Ils avaient lu quantité d’articles sur des couples partageant le même rêve et finalement, positifs, pessimistes ou douloureux, ces témoignages reflétaient la même chose: L’amour peut faire des miracles et si des personnes visent le même but avec la même passion, il est possible de toucher les étoiles. Parfois il suffit d’être patient. Ils avaient découvert qu’il est possible d’aimer à distance, que leur cœur pouvait se serrer, la respiration devenir difficile et les yeux s’embuer pour un être qu’ils ne connaissaient pas, qu’ils n’avaient vu qu’en photo et dont on leur avait conté l’existence. Ces sensations suffirent à balayer les doutes, les questions ou tous les conseils de mise en garde.
Il fait encore nuit…
Il fait encore nuit dehors, l’hiver était bien installé sur Montréal. Depuis la chambre, il pouvait voir les premiers travailleurs évoluer péniblement dans la neige fraîche. La banlieue nord de la ville en était recouverte d’un bon mètre et les voitures, réverbères et autres panneaux de signalisation souffraient du poids de ce nouveau manteau neigeux. Par endroits, il était difficile de savoir si une voiture était cachée sous les tas formés par les déblayeuses. Les lumières de la rue arrivaient péniblement jusqu’à la route, se frayant un chemin entre les flocons qui redoublaient d’intensité. Diego était déjà venu deux fois quelques années plus tôt mais c’était sa première visite en période hivernale.
Le moment de la séparation…
Le moment de la séparation arriva, il fallait maintenant quitter Eugenia et encore une fois l’émotion était vive. Sentiment que l’ultime lien avec cette autre vie allait être coupé et que désormais Diego allait définitivement être le leur. Dans un court instant, ils allaient se séparer, Eugenia aurait achevé l’immense travail qu’elle avait accompli et la famille compterait un membre supplémentaire. Alors qu’un nouveau flot de larmes faisait son apparition, de nouvelles contractions résonnèrent dans le bas-ventre d’Andrea. Eugenia prit Diego dans ses bras et lui dit quelques mots à l’oreille. Elle lui dit avec ses mots à elle que sa vie était maintenant ici, avec Serge, Andrea, Mathieu, Céline et qu’il ne devait pas s’inquiéter. L’amour qu’il allait recevoir était bien plus grand que celui qu’il avait reçu jusque là. Un court instant, ses parents eurent l’impression qu’une émotion immense submergea leur fils, ils auraient tellement voulu être dans sa tête, voir ses peurs et les soulager. Il avait un bras de chaque coté du cou de Eugenia, la serrait très fort, son visage caché dans ses cheveux. Que pouvait-il bien se passer dans sa tête, comment un enfant si petit, pouvait-il ne pas être terrorisé par ces instants ? Les enfants sont intelligents, ils comprennent les choses très vite et analysent rapidement ce qui est bon pour eux ou non. Mais comment gérer ce nouveau déchirement qui est là malgré tout ?
Diego avait eu une enfance…
Diego avait eu une enfance extraordinaire, entourée d’enfants, d’amis, de la famille et d’une foule d’activités passionnantes. Il y a peu de choses – ou même rien de ces années – qu’il n’ait pas appréciées. Serge, Andrea, Céline et Matthieu avaient fait leur possible pour que l’adoption soit une réussite, un simple prolongement de la vie familiale.























